mardi 2 septembre 2008

Relocation in Nowhere

Amis camarades français, bonjour.

Voilà désormais deux semaines que Clémentine et moi cohabitons au 60 Rathdrum Road, Crumlin, Dublin 12. Pour dire la vérité, je ne suis un vrai locataire que depuis samedi seulement, jour où la Coréenne Min-Ju a plié bagages, me laissant la place libre. Mes journées sont donc consacrées actuellement à la recherche intensive d'un emploi. Et sachez-le, j'en ai trouvé plusieurs.

Bon, tâchez de faire disparaître rapidement ce sourire satisfait ; j'ai trouvé 4 boulots : un à Limerick, un autre à Cork, et deux à Belfast. A chaque fois, le scénario est le même, sans surprise, sans saveur, on dirait du Lelouch. Ca commence par une sonnerie, un regard déjà inquiet sur l'écran clignotant de mon téléphone, le constat qu'il s'agit bien d'un numéro irlandais, et puis je retiens mon souffle, décroche et avance un "Allô" bien français pour que mon interlocuteur prenne les pincettes question débit oral.
J'écoute les phrases s'enchaîner, parfois sans logique apparente (en tout cas, elle ne m'apparaît pas toujours), je baragouine quelques mots, me lance parfois dans des explications trop compliquées, dans des phrases trop longues, je subis quelques silences gênés. Bon, je finis généralement par retomber confortablement sur mes pattes, et savoure parfois un compliment quand à mon niveau d'anglais (flagorneurs, dirait quelqu'un). Est-il besoin de tant crier au génie (-sation)? Loin de là.
Et puis il y a ce dénouement atroce, cette phrase soigneusement préparée, ces quelques mots coupables de meurtre sur mes ambitions les plus raisonnables d'un emploi, même précaire, même mal payé, même ingrat. Comme sonne le tocson sur le bonheur vacillant des anonymes muets qui sont nés quelque part, il y a ces syllabes prononcées sur le ton le plus rationnel qui soit : "...relocation... Belfast... agree?". Pour les anglophobes, en gros, on me demande si je veux bien bosser, ok, mais ailleurs. Bon, autant dire que ma réponse négative sonne le glas de ma candidature en bonne voie et que mon interlocutrice (je n'ai eu le plaisir d'échanger qu'avec des femmes) me promet de me rappeler si elle trouve un truc-machin qui correspond à mon profil ou à peu près et qui se situerait à Dublin ou dans les alentours. Bref, je continue de chercher, envoie des CVs chez Hertz, UPS, Google (oui, je sais, haha, tout ça), HP, Keywords (une boîte de jeux vidéos), via monster.ie et jobs.ie. Et puis je me dis que si des mecs ont besoin de moi dans toute l'Irlande, il y a bien quelqu'un qui va finir par se manifester à Dublin. Nan?
Sinon, quoi de neuf, pourriez-vous me demander?


J'ai acheté un téléphone portable, un superbe W200i, avec numéro irlandais (0852833312) et me promène désormais avec deux cellulaires dans les poches, comme le premier Marcel Desailly venu (sauf que Marcel, il ne doit pas avoir une carte pré-payée 10 euros chopée chez Meteor). Un W200i et un W300i. Suis un mec fidèle.



Clémentine n'a toujours pas réussi à m'emmener au Porter House, LE pub tendance à Dublin. En attendant (septembre, qui est déjà là), j'ai fait mien le Fitzsimmons, qui offre à ses clients une magnifique petite terrasse, sur laquelle je promets d'emmener chacun d'entre vous qui aura fait l'effort de venir nous rendre visite.
Enfin, aujourd'hui, j'ai eu l'occasion d'aller chercher mon PPS Number (pour les non-initiés, c'est, comme son nom l'indique, un numéro, que se doit de posséder toute personne désirant travailler au pays de James Joyce - même si c'est pas sûr qu'il en ait eu un, lui, de PPS) et par la même occasion, de visiter Dublin, seul, sous la pluie, of course.





C'est cela, en fait, le plus beau ; apprendre à ne plus se perdre dans des ruelles qui se ressemblent toutes au premier coup d'oeil, errer sans but mais sans fatigue, s'égarer sans se paumer, pour finalement attendre sa tendre et chère sur le toit de son pub préféré en sifflant deux Guinness au passage. Make the city yours, comme le dit l'un de mes prédécesseurs immigrés en terre dublinoise, et ça sonne à mes oreilles comme une fameuse référence à Scarface. Make the city yours !

1 commentaire:

Unknown a dit…

Ah... Délicieusement auberge espagolesque, comme billet ; s'approprier une ville, c'est comme ça qu'on dit, non ?

En attendant (octobre, pour ma part), ravi d'avoir de vos nouvelles. Puissiez-vous demeurer aussi réguliers en la matière, même quand vous aurez tous deux accepté un job de techniciens de surface au sein du KFC de Cork.

D'ici-là, enjoy.