lundi 8 septembre 2008

I had a dream...

C'est arrivé à l'heure du crime, ou presque. 21:50, en fait, et on se préparait à descendre en ville boire une (?) bière. Au détour d'une conversation forcément virtuelle avec mon ami Efix, prof de son état, rocker de toute son âme, ou l'inverse. MSN me prévient de sa petite alarme stridente que je viens de recevoir un nouvel e-mail. Que je m'empresse d'ouvrir sans hâte, contemple d'abord sans intérêt, que je déchiffre ensuite avec minutie et maladresse. En substance, comme dirait Curtis, ça donnait ça : "Thank you for your message and your interest in working with us. We can offer you a placement as soon as tomorrow. Are you still available/interested?".

Suivait une formule de politesse quelconque, et un nom.

Et voilà. A 10 heures tapantes le lendemain matin, après une heure et demie de tribulations pédestres (maintenant je mets presque une heure pour aller au boulot, marche, tram, re-marche, mais je m'y suis évidemment pris comme un gland la première fois), je frappais de ma petite main tremblante à la porte de Keywords International. Et une heure après, j'étais installé dans un petit box, un casque sur les oreilles, une manette entre les mains.

Regardez ce pauvre Thomas, la preuve en image qu'on exerce un métier pas facile.

http://www.keywordsintl.com/fr/company.htm

Je joue aux jeux vidéo, et on me paie pour ça.

Quand je pense qu'il y a des cons qui font des stages dans une banque pendant 70 jours, palpant parfois plusieurs millions d'euros en billets multicolores tous les jours sans encaisser un seul euro. Sérieusement, combien d'enfants mâles de ma génération, lobotomisés aux tubes cathomerdiques, riant allègrement du Pong sur lequel nos aînés s'étaient défoncé l'entendement, les neurones et le crystallin, cette génération du lecteur MP3 et du Ctrl+C / Ctrl+V, cette génération sacrifiée par ces ingrats de Baby-Boomers qui se sont évertués à avoir des gosses alors qu'ils ne pouvaient pas ignorer qu'on finirait par ne plus pouvoir s'y mettre à plusieurs pour payer leur retraite, combien de garçons, disais-je, n'ont pas rêvé un jour de faire de ce merveilleux monde du jeu vidéo-ludique leur univers professionnel, et de devenir testeurs de jeux vidéo ?

Evidemment, la médaille a son revers. Comme la plupart des jobs en Irlande, celui-ci n'intègre pas vraiment "Sécurité de l'emploi" dans son lexique. Bien au contraire. En clair, je peux me retrouver à la porte dans deux semaines, sans autre formule de politesse que "See you tomorrow - No, sorry". Il n'empêche. Même temporairement, croyez-moi, cette expérience est grisante. Je pourrais vous faire croire que ce n'est pas si rose, que c'est parfois fatigant de recommencer plusieurs fois le même jeu qu'on connaît déjà dans les moindres recoins (ça fait 5 jours que j'ai commencé), par exemple, je pourrais vous raconter qu'aujourd'hui on m'a annoncé que j'étais bon pour reprendre à zéro l'aventure sur laquelle je m'égratinais l'esprit et le pouce gauche depuis plusieurs heures (vous comprenez, on vient de recevoir la dernière version du jeu, la 294), mais ce ne serait pas honnête. Non, c'est juste génial.

Pendant ce temps-là, Clem n'est plus la petite nouvelle dans sa boîte puisqu'une autre française est arrivée aujourd'hui pour reprendre ce rôle ingrat. Notre pote Vincent n'a toujours pas de taf mais ça semble se préciser, j'arrive pas à mater les matches de Caen, et ceux qui me connaissent savent combien cela me désole, Clem redécouvre les Réquisitoires de Desproges, pendant que je découvre le Porter House (pourquoi me l'a t-on caché si longtemps, ce joyau ?) et nous avons déjà nos billets ALLER pour notre séjour en France début octobre.

A bientôt donc, et en espérant que la prochaine fois que je posterai un message ici, je pourrais toujours me targuer d'avoir passé ma journée sur ce fabuleux jeu qui fera saliver les gosses à Noël, et que j'ai déjà fini deux fois avant même qu'il ne sorte. En bref, que le rêve se poursuive. Et je ne parle pas seulement de jeux vidéo, là.

mardi 2 septembre 2008

Relocation in Nowhere

Amis camarades français, bonjour.

Voilà désormais deux semaines que Clémentine et moi cohabitons au 60 Rathdrum Road, Crumlin, Dublin 12. Pour dire la vérité, je ne suis un vrai locataire que depuis samedi seulement, jour où la Coréenne Min-Ju a plié bagages, me laissant la place libre. Mes journées sont donc consacrées actuellement à la recherche intensive d'un emploi. Et sachez-le, j'en ai trouvé plusieurs.

Bon, tâchez de faire disparaître rapidement ce sourire satisfait ; j'ai trouvé 4 boulots : un à Limerick, un autre à Cork, et deux à Belfast. A chaque fois, le scénario est le même, sans surprise, sans saveur, on dirait du Lelouch. Ca commence par une sonnerie, un regard déjà inquiet sur l'écran clignotant de mon téléphone, le constat qu'il s'agit bien d'un numéro irlandais, et puis je retiens mon souffle, décroche et avance un "Allô" bien français pour que mon interlocuteur prenne les pincettes question débit oral.
J'écoute les phrases s'enchaîner, parfois sans logique apparente (en tout cas, elle ne m'apparaît pas toujours), je baragouine quelques mots, me lance parfois dans des explications trop compliquées, dans des phrases trop longues, je subis quelques silences gênés. Bon, je finis généralement par retomber confortablement sur mes pattes, et savoure parfois un compliment quand à mon niveau d'anglais (flagorneurs, dirait quelqu'un). Est-il besoin de tant crier au génie (-sation)? Loin de là.
Et puis il y a ce dénouement atroce, cette phrase soigneusement préparée, ces quelques mots coupables de meurtre sur mes ambitions les plus raisonnables d'un emploi, même précaire, même mal payé, même ingrat. Comme sonne le tocson sur le bonheur vacillant des anonymes muets qui sont nés quelque part, il y a ces syllabes prononcées sur le ton le plus rationnel qui soit : "...relocation... Belfast... agree?". Pour les anglophobes, en gros, on me demande si je veux bien bosser, ok, mais ailleurs. Bon, autant dire que ma réponse négative sonne le glas de ma candidature en bonne voie et que mon interlocutrice (je n'ai eu le plaisir d'échanger qu'avec des femmes) me promet de me rappeler si elle trouve un truc-machin qui correspond à mon profil ou à peu près et qui se situerait à Dublin ou dans les alentours. Bref, je continue de chercher, envoie des CVs chez Hertz, UPS, Google (oui, je sais, haha, tout ça), HP, Keywords (une boîte de jeux vidéos), via monster.ie et jobs.ie. Et puis je me dis que si des mecs ont besoin de moi dans toute l'Irlande, il y a bien quelqu'un qui va finir par se manifester à Dublin. Nan?
Sinon, quoi de neuf, pourriez-vous me demander?


J'ai acheté un téléphone portable, un superbe W200i, avec numéro irlandais (0852833312) et me promène désormais avec deux cellulaires dans les poches, comme le premier Marcel Desailly venu (sauf que Marcel, il ne doit pas avoir une carte pré-payée 10 euros chopée chez Meteor). Un W200i et un W300i. Suis un mec fidèle.



Clémentine n'a toujours pas réussi à m'emmener au Porter House, LE pub tendance à Dublin. En attendant (septembre, qui est déjà là), j'ai fait mien le Fitzsimmons, qui offre à ses clients une magnifique petite terrasse, sur laquelle je promets d'emmener chacun d'entre vous qui aura fait l'effort de venir nous rendre visite.
Enfin, aujourd'hui, j'ai eu l'occasion d'aller chercher mon PPS Number (pour les non-initiés, c'est, comme son nom l'indique, un numéro, que se doit de posséder toute personne désirant travailler au pays de James Joyce - même si c'est pas sûr qu'il en ait eu un, lui, de PPS) et par la même occasion, de visiter Dublin, seul, sous la pluie, of course.





C'est cela, en fait, le plus beau ; apprendre à ne plus se perdre dans des ruelles qui se ressemblent toutes au premier coup d'oeil, errer sans but mais sans fatigue, s'égarer sans se paumer, pour finalement attendre sa tendre et chère sur le toit de son pub préféré en sifflant deux Guinness au passage. Make the city yours, comme le dit l'un de mes prédécesseurs immigrés en terre dublinoise, et ça sonne à mes oreilles comme une fameuse référence à Scarface. Make the city yours !