Suivait une formule de politesse quelconque, et un nom.
Et voilà. A 10 heures tapantes le lendemain matin, après une heure et demie de tribulations pédestres (maintenant je mets presque une heure pour aller au boulot, marche, tram, re-marche, mais je m'y suis évidemment pris comme un gland la première fois), je frappais de ma petite main tremblante à la porte de Keywords International. Et une heure après, j'étais installé dans un petit box, un casque sur les oreilles, une manette entre les mains.

Regardez ce pauvre Thomas, la preuve en image qu'on exerce un métier pas facile.
http://www.keywordsintl.com/fr/company.htm
Je joue aux jeux vidéo, et on me paie pour ça.
Quand je pense qu'il y a des cons qui font des stages dans une banque pendant 70 jours, palpant parfois plusieurs millions d'euros en billets multicolores tous les jours sans encaisser un seul euro. Sérieusement, combien d'enfants mâles de ma génération, lobotomisés aux tubes cathomerdiques, riant allègrement du Pong sur lequel nos aînés s'étaient défoncé l'entendement, les neurones et le crystallin, cette génération du lecteur MP3 et du Ctrl+C / Ctrl+V, cette génération sacrifiée par ces ingrats de Baby-Boomers qui se sont évertués à avoir des gosses alors qu'ils ne pouvaient pas ignorer qu'on finirait par ne plus pouvoir s'y mettre à plusieurs pour payer leur retraite, combien de garçons, disais-je, n'ont pas rêvé un jour de faire de ce merveilleux monde du jeu vidéo-ludique leur univers professionnel, et de devenir testeurs de jeux vidéo ?
Evidemment, la médaille a son revers. Comme la plupart des jobs en Irlande, celui-ci n'intègre pas vraiment "Sécurité de l'emploi" dans son lexique. Bien au contraire. En clair, je peux me retrouver à la porte dans deux semaines, sans autre formule de politesse que "See you tomorrow - No, sorry". Il n'empêche. Même temporairement, croyez-moi, cette expérience est grisante. Je pourrais vous faire croire que ce n'est pas si rose, que c'est parfois fatigant de recommencer plusieurs fois le même jeu qu'on connaît déjà dans les moindres recoins (ça fait 5 jours que j'ai commencé), par exemple, je pourrais vous raconter qu'aujourd'hui on m'a annoncé que j'étais bon pour reprendre à zéro l'aventure sur laquelle je m'égratinais l'esprit et le pouce gauche depuis plusieurs heures (vous comprenez, on vient de recevoir la dernière version du jeu, la 294), mais ce ne serait pas honnête. Non, c'est juste génial.
Pendant ce temps-là, Clem n'est plus la petite nouvelle dans sa boîte puisqu'une autre française est arrivée aujourd'hui pour reprendre ce rôle ingrat. Notre pote Vincent n'a toujours pas de taf mais ça semble se préciser, j'arrive pas à mater les matches de Caen, et ceux qui me connaissent savent combien cela me désole, Clem redécouvre les Réquisitoires de Desproges, pendant que je découvre le Porter House (pourquoi me l'a t-on caché si longtemps, ce joyau ?) et nous avons déjà nos billets ALLER pour notre séjour en France début octobre.


